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Votre roman enfin publié !!!

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Modo
Aidactif


Nombre de messages : 19414

MessageSujet: Votre roman enfin publié !!!
Ven 20 Aoû - 13:13

Créez votre "livre" à partir de ce site  :

http://www.omerpesquer.info/untitre/

top



Entrez votre prénom (ou pseudo) dans le générateur ... et n'hésitez pas à poster votre "oeuvre"  content

Ce pourrait être source d'inspiration pour en imaginer l'incipit  d'ailleurs.  r ir


Dernière édition par Modo le Dim 29 Sep - 18:48, édité 6 fois
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Modo
Aidactif


Nombre de messages : 19414

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Ven 20 Aoû - 14:23

Voici le mien :




Incipit :


Seul et silencieux devant sa fenêtre, Henry rêvait en laissant errer çà et là ses grands yeux bleus le long de la rue déserte et monotone. Moins déserte et monotone que ne lui paraissait sa vie. Chez lui, rien ne vit. Ah si. Le tic tac lent et régulier de la pendule. Le léger bourdonnement diffus du frigo. Sa vie résumée à la seule compagnie muette d'un gros chat immobile. Qui dort, sans même ronronner, depuis des années, sur la même étagère. Son rembourrage en paille dépassant parfois de coins poussiéreux mal cousus de son corps immobile. Henry ne s'était jamais résigné à le faire enterrer. Seule son absence feutrée flottait encore autour de lui, peuplant son imaginaire de sa présence fantomatique, qui semblait encore ronronner grâce au son un peu sourd du frigo. Car heureusement, Henry rêvait. Comme une bouée dans sa solitude. Son imagination seule le tenait encore en vie. De sa fenêtre, il voyait des passants. Les habitués devenaient ses amis qui semblaient lui rendre visite de loin. Il leur inventait des noms, imaginait leur vie. Guettait leur passage quotidien. Leur parlait comme s'ils pouvaient l'entendre et lui répondre.


"Oh ! Mademoiselle Jeanne. J'aperçois que vous avez une bien jolie robe ce matin ... Je me demandais ... si j'osais ...
Accepteriez-vous de diner avec moi ce soir ? ... Vous vous éloignez déjà ? Vous avez sans doute hâte d'aller vous préparer ? A ce soir alors !"


Ce soir-là, dans son petit appartement, Henry sortit quelques vieilles assiettes ébréchées et mit des bougies ... Leurs lumières scintillaient, se reflétant dans tous les objets en or et en cristal de son palais merveilleux ! La glace lui renvoyait l'image flatteuse d'un jeune homme, à la peau fraîche et au teint rosé, sans aucune ride ni veines bleutées. Il se sentit revivre et retrouver ses vingt ans. Et cette musique enivrante qui tourbillonne dans sa tête ! Jeanne allait lui rendre visite ! Tout semblait parfait, enivrant ... Il flottait dans son esprit comme une ambiance magique. Son cœur battait de vie et semblait déborder.


Dernière édition par Modo le Mer 12 Jan - 13:25, édité 5 fois
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Echo



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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 14:40

Voici le mien. Désolée, je me suis prise au jeu, je n'ai pas pu faire moins long... r ir



Incipit :

Je poussai le lourd portail de l’entrée de la maison et refermai soigneusement derrière moi.


-Tu te dépêches ? cria ma mère, qui attendait dans la voiture.

Je poussai un soupir d’énervement. On partait toujours trop tôt pour aller au collège, pas la peine de s’affoler. Il n’était que huit heures seize.
Ma très honorable mère ne tergiversait pas là-dessus.

-C’est bon, maman, on est en avance !

Elle démarra et passa la première vitesse avec un geste exaspéré.

-Ben, c’est mieux d’arriver avec un peu d’avance.

Je n’insistai pas. Dehors, la chaleur était étouffante, comme d’habitude. Ce n’était pas surprenant, dans un pays tropical. J’habitais en Guyane.

Je montai la climatisation et me penchai vers la fenêtre, observant distraitement le paysage. On passait juste devant le lac Marie-Claire, dont un quart de la surface était recouvert de nénuphars. Ma mère coupa la climatisation et ouvrit la vitre. Elle préférait faire comme ça, pour faire des économies, prétendait-elle. La vie ici était bien trop chère.

L’odeur des plantes nous effleura, et je fermai les yeux un instant. Le soleil caressa mes cheveux, les faisant briller de reflets roux. Il disparut brusquement quand on bifurqua derrière un groupe d’immeubles.

Des femmes étendaient leur linge au soleil, sur les balcons. Des petits enfants jouaient au ballon dans la poussière de la cour, transpirant sous le soleil intense.

Ils nous regardèrent passer avec envie. L’un deux m’intrigua. Son regard était voilé d’une tristesse indéfinissable. Ses yeux brillaient, grands ouverts. Je détournai la tête, brusquement gênée. J’avais l’impression d’être un assassin, cruel et fourbe. Un assassin. J’écrasais la misère, le malheur, j’étais embarrassée, oui, gênée d’être née, d’être là pour faire du mal à ce petit garçon. C’était moi la misérable. Pauvre de moi. Pauvre cœur.

J’arrivai enfin au collège. Je sautai de la voiture. J’avais l’impression d’être un éléphant. Deux éléphants. Huit éléphants. Vingt-deux éléphants. Comme toujours, ma mère attendit que je franchisse la grille d’entrée avant de repartir.

-Salut Morgane !
Je me retournai et souris à Sarah, qui était de loin ma plus proche amie.
-Salut, ça va ?
-Oui, mais toi tu m’as l’air toute retournée, dis donc !
J’étais encore un peu chamboulée par le regard énigmatique de l’enfant. Mais je n’avais pas envie d’en parler.
-Non, je vais très bien.
-Allez viens, on va se promener un peu.
Je lui souris à nouveau et la suivis tandis qu’elle m’entraînait dans la cour. Elle savait très bien qu’il y avait quelque chose, elle me connaissait assez bien pour ça. Mais elle ne posait pas de questions. C’était Sarah.

On était assises devant le bar du glacier. Je baignais dans une douce béatitude tout en sirotant mon sorbet à la mangue. Dehors, les palmiers-bouteille balançaient leurs longues feuilles filamenteuses dans le vent léger qui venait de la mer toute proche.
Les eaux du lac scintillaient sous le soleil de ce début d’après-midi. Il m’enveloppait de ses chauds rayons dorés, éclatant.

Sarah était perchée à côté de moi sur son tabouret, l’œil malicieux. Elle avait choisi parfum maracudja (fruit de la passion), son préféré.

Je suis pensive. Elle a presque fini sa glace tandis que j’en suis à peine à la moitié. Je n’arrive pas à penser et à manger en même temps.

-On va se baigner ?
Je la dévisage un instant.
-Euh… Attends, je finis mon sorbet.
-OK, je t’attends.
Ses mots trottent dans ma tête. J’aspire à petites gorgées tandis qu’elle observe distraitement le paysage.
Finalement, après avoir payé, on cours jusqu’à la piscine municipale, fermée, hélas. Sarah s’apprête à faire demi-tour mais je la retiens pas le bras.
-Attends ! On n’a qu’à escalader le grillage.
-Mais… On a pas le droit ! s’exclame-t-elle.
Sans blague.

Je ne trouve rien à répliquer, mais j’escalade tout de même le grillage et je saute de l’autre côté. Si j’étais un assassin, une personne exécrable, horrible, autant l’être jusqu’au bout. Avec un haussement d’épaule, Sarah m’imite et saute à son tour de l’autre côté.
Nous nous dirigeons vers la porte d’entrée, fermée, bien évidemment.

-Passe-moi ton épingle à cheveux.
Je ne sais pas si ça marche vraiment comme dans les films, mais en tous cas, j’essaie. Après plusieurs tentatives infructueuses, un grand « clac » retentit. Je pousse un cri de triomphe et trottine joyeusement jusqu’aux vestiaires. Pourquoi suis-je joyeuse ? Joyeuse d’avoir commis un acte de malhonnêteté ? J’avais assez d’argent pour payer la piscine quand elle serait ouverte, mais je préférais y aller le dimanche et sauter par-dessus le grillage. Alors que de pauvres gens faisaient la queue pour acheter leur ticket.

C’est un de ces après-midi de rêve. Des moments où le temps semble s’arrêter. J’effleure du bout des doigts la surface lisse de l’eau où se reflète le bleu azur immaculé du ciel, aussi limpide que l’eau de la piscine.
En rentrant, Sarah me demande :


-Eh, on y reviendra la semaine prochaine, hein ?
C’est les vacances de Noël. Tous les élèves des collèges et des écoles de Guyane n’ont pas cours. On se rend aux fêtes, aux manèges, on achète des barbes à papa fluorescentes, on vole des cartes postales et on rit de notre insolence.
Ici, pas de montagnes. Pas de neige. Pas de ski. Juste la forêt et ses secrets, les jardins fleuris et les manguiers dans les ronds-points. C’est l’été toute l’année. L’après-midi est calme et silencieux, tout le monde fait la sieste. Je me promène dans la rue et je rencontre des amis. On va jouer dans des maisons inhabitées, on écoute des vieux CD, on va explorer les recoins de la ville à deux sur un vélo, l’un sur le guidon, l’autre qui pédale.
Et puis, les vacances se terminent.

-Tu peux aller me chercher du pain, s’il te plait, Morgane ?

Ce n’était pas mon jour de chance, non vraiment pas. D’habitude, on n’achetait jamais notre pain à la boulangerie d’à côté, mais toujours au supermarché, du pain complet, déjà coupé en tranches.
Je pris l’argent que ma mère avait déposé sur le mini-bar de la cuisine, mis mes savates et sortis en claquant la porte.
La chaleur faisait trembloter et onduler les choses tout autour. J’entendis les basses d’une chaîne Hi-Fi dont le volume était poussé à fond. Distraite par la musique, je ne perçus pas la présence juste à ma droite, et quand je heurtai l’homme, je poussai un petit cri de surprise et de frayeur. C’était notre voisin. Celui qui avait une tête à faire peur à un jaguar.

Je partis d’un pas rapide, sans me retourner, le cœur battant.
-Hé ! me héla-t-il. Attends ! Hé, la Blanche !
Et j’entendis les rires gras de ses compagnons. Je me mis à courir. Mon cerveau effectuait toutes sortes de calculs à toute vitesse. Pour rentrer, je pouvais passer par derrière, par le lac, mais ce serait évidemment beaucoup plus long. Et c’était un coin qui regorgeait de nids à moustiques.
Oh mon Dieu, qu’il fait chaud, ici ! Un enfer !

« Ah… Et on me signale à l’instant qu’une femme vient de se faire agresser à l’arme blanche dans la rue, cet après-midi, alors qu’elle sortait de l’animalerie qu’elle tenait. Les médecins pensent qu’une vingtaine de points de suture seront nécessaires pour recoudre sa blessure principale à la cuisse. La police recherche activement les bandits qui, depuis plusieurs semaines, perpétuent leurs actes de barbarie… »

-Coupe-moi ça, coupe-moi ça ! De toute façon, on le sait que ça va être de pire en pire. Alors à quoi bon ? Pourquoi ? Pourquoi attendre, sans rien faire ?
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Modo
Aidactif


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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 15:01

Quel bonheur ce texte ! smile
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Echo



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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 15:07

Euh... Je n'en suis pas si sûre.
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Heimweh



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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 16:35

Echo a écrit:
Euh... Je n'en suis pas si sûre.

Si, si, c'est très bien écrit . Waaaah .
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Heimweh



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Age : 20

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 17:17



Incipit :

Caliban lut la dernière ligne de la dernière page de son livre. Il était saoul. D'alcool, évidemment. Pas de mots, de phrases, de la beauté de l'écriture. Il était beaucoup moins poétique, lui, il aimait lire, passionnément, c'était, pusse-t-on l'appeler comme ça, une addiction aux ouvrages. Ils s'entassaient, petit à petit, jonchaient le sol, remplissaient en désordre les étagères, recouvraient tout ce qui était recouvrable. Il en avait tant, pensa-t-il, ses lèvres formant une jolie ligne mince, un pâle sourire, et il les avait tous lus. Il était à sec niveau argent, mais qu'importe ? Il n'avait pas besoin de manger, tant qu'il pouvait s'immerger dans son monde, peuplé de héros de romans, dans un univers si différent de la vie réelle. Il s'identifiait facilement aux personnages, qu'ils soient hommes ou femmes, et voyait par leurs yeux, marchait par leurs pas.

C'était si simple de quitter son taudis pour entrer dans une belle villa, imaginaire soit-elle, et, quelques instants merveilleux, d'oublier sa peine insurmontable. Sa femme, sa belle et fragile femme, Jane, l'avait quitté. Ils étaient jeunes, elle était morte, il mourait faiblement. Elle était partie... La vie avait été si belle à ses côtés, si simple, si normale. Puis, l'annonce d'une maladie malheureusement insoignable, transmise par les contacts, intimes, dirons nous. Et ce n'était pas lui qui la lui avait donner. Il était propre, sain, n'avait aucun problème, aucune maladie. Elle lui avait alors avoué qu'elle avait eu un amant, un homme qu'il ne connaissait pas. Il l'aimait tant, elle lui a fait tant de mal. Mais il lui avait pardonné. Elle allait mourir, il ne voulait pas, il aurait aimé être à sa place. Il la veilla, encore et encore, la voyant s'affaiblissant, la voyant périr, s'éteindre un peu plus à chaque instant. C'était si douloureux de la voir ainsi, mais il se faisait violence. Il devait le faire. Parce qu'il l'aimait. Même si elle l'avait honteusement trompé, même s'il n'était plus sûr de la fiabilité de ses sentiments à elle. Effectivement, il n'avait pas pu lui demander, elle sombrait si vite, et le docteur avait bien dit de ne pas la frustrer, ou lui poser des questions qui la troublerait. "Pour ne pas aggraver son état". Il regrettait à présent de ne pas avoir transgressé l'ordre du médecin, il aurait voulu avoir une réponse qu'elle n'avait pas pu lui donner.

Elle s'était définitivement éteinte un 6 avril, il pleuvait au-dehors. Après deux semaines interminables, où elle ne se souvenait même plus de lui, elle ne souffrait plus. Mais Caliban, si. Ses larmes avait tant coulées qu'elles avaient laissées de longs sillons rouges sur ses joues, sa peau déjà très sèche brûlée par les gouttes d'eau salée. Il était sorti, laissant là le cadavre de sa tant-aimée, et s'était remit à pleurer. Au milieu des gouttes de la pluie fine et ruisselante, ses larmes à lui passait presque inaperçu. Il erra pendant des heures, jusqu'à la nuit tombée, il voulait voir arriver la fin de la pluie, pour que, avec elle, soit anéantie sa tristesse dévorante. A trois heures du matin, un passant l'avait retrouvé effondré contre un mur dans une rue sordide, recroquevillé sur lui-même, murmurant "Jane", par ses lèvres craquelées, fermant les yeux et priant, les larmes à présent mêlées au sang de sa peau que le sel avait fini de meurtrir. Il avait précipitamment contacté une ambulance et Caliban avait été emmené. Il ne s'était réveillé que 24 heures plus tard. Au-dehors, un soleil magnifique mêlé d'un arc-en-ciel joyeux. Il demanda alors à l'infirmière depuis quand la pluie avait cessé :
"Elle a cessé lorsque vous avez sombré, je pense, étant donné qu'elle a cessé vers une heure du matin, heure présumée de votre évanouissement." Il avait sourit, et l'infirmière lui avait alors apporté un cadeau, amené selon elle, par un inconnu. Son premier ouvrage, celui qui lui ouvrirait la voie du livre.

Arrêtant de penser à ces évènements affreux, il soupira. Oui, les livres étaient devenus une addiction. Ils l'emmenaient loin de son chagrin. Mais il savait, lui, que les livres étaient mauvais. A force de lire, il oubliait les choses essentielles, de se nourrir, de boire. Et eux, les ouvrages, n'avaient de cesse de lui conter de nouvelles histoires, de belles histoires, qui, le temps d'un instant, lui faisait être quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'avait pas la souffrance qu'il avait, lui. C'était un mal pour un bien, songea-t-il, mais, à ce train-là, il risquait de rejoindre sa tendre Jane très, très vite.


Voilà . Qu'en pensez-vous ?
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Agamemnon



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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 19:56

Heimweh a écrit:


Si, si, c'est très bien écrit . Waaaah .

Tu me fauches mes répliques maintenant ? sgr e

Waaaaaaah vous deux clap r ir
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Heimweh



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Age : 20

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 21 Aoû - 23:20

Agamemnon a écrit:
Heimweh a écrit:


Si, si, c'est très bien écrit . Waaaah .

Tu me fauches mes répliques maintenant ? sgr e

Waaaaaaah vous deux clap r ir

Non, non, même pas en plus !

Merci
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Olympe



Nombre de messages : 306

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 22 Aoû - 9:32

J'ai adoré lire vos histoires ! top
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Modo
Aidactif


Nombre de messages : 19414

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 22 Aoû - 11:28

De quoi j'ai l'air moi maintenant avec mon texte ridicule r ir

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Heimweh



Nombre de messages : 555
Age : 20

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 22 Aoû - 14:23

Modo a écrit:
De quoi j'ai l'air moi maintenant avec mon texte ridicule r ir


N'importe quoi !
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Anastasia



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MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Lun 23 Aoû - 8:42

Modo a écrit:
De quoi j'ai l'air moi maintenant avec mon texte ridicule r ir


Les élèves dépassent le maitre vi c
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Echo



Nombre de messages : 2536
Age : 21

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Lun 23 Aoû - 16:43

Franchement, il est de qualité votre texte ! De toute façon, dans le domaine artistique (écriture, dessin, musique, photographie, danse...) ça ne sert à rien de dire qu'une personne est meilleure qu'une autre, ça enlève tout l'art de l'art. r ir On aime ou on aime pas, voilà.
Enfin c'est mon avis. smile
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Sganarelle



Nombre de messages : 278

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Ven 27 Aoû - 13:32

C'est génial ce que vous avez fait !!!!
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Maelys



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Age : 19

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 25 Mar - 22:11




9 Volumes.


Dans la vallée Dulac l'herbe se consomme, les oiseaux se font plumer en plein vol, les vieilles se font piquer leur sac à main à la première occasion et les rares boutiques encore ouvertes se font cambrioler ouvertement. Tout se passe à l'aide d'un revolver. Et la plupart du temps, on ne peut rien y faire, à part rester planter là et être incapable du moindre mouvement. En réalité, ne serait-ce que regarder faire peut vous attirer un sacré paquet d'ennuis. Les habitants l'ont bien compris d'ailleurs, car plus personne n'intervient. La plupart des gens s'enfuient même en trottinant, les yeux baissés vers le sol, comme si c'était eux qui commettaient l'infraction.

Quant à moi, je suis l'un de ceux qui passent leur vie entre la planque du dealer et leur canapé. Je suis juste un de ces pauvres types qui n'en foutent pas une et attendent la mort, une seringue plantée dans une veine, allongé comme des clébards dans un putain de lit complètement pourri. Le pire, c'est que je suis vraiment pas à plaindre, car cette situation précaire est irrémédiablement de ma faute. Si j'avais juste écouté mes parents, je serais dans une grande baraque remplie d'objets modernes coûtant la peau du cul, admirant un tableau original de ce cher Picasso en attendant que ma femme – surement une gosse de riche que j'aurais épousée à ma majorité – revienne de son boulot prestigieux et ramène nos enfants modèles. Nous en aurions eu trois, de gosses, comme il en est coutume dans ma famille depuis des générations : une fille et deux garçons. La fille se serait appelée Anne-Sophie, en hommage à ma célèbre grand-tante, décédée à je ne sais quelle guerre. La première femme soldat de sa génération, à ce qu'il parait.
Les deux garçons auraient tout naturellement porté les prénoms de mes deux grand-pères : Jasper et Anton. Évidemment ils auraient tous trois eu des gueules d'anges et reçu une éducation impeccable. Une fois leur BAC obtenu – avec mention Très Bien bien sur –les trois descendants auraient fait des études professionnelles de médecine et auraient fait une superbe carrière, si bien qu'ils auraient pris leur retraite plus tôt que leurs concitoyens. Ils auraient ainsi coulée une vie paisible jusqu'à leur départ vers le Paradis, qui leur aurait ouvert grand ses portes dorées.
Une fois là-haut, ils auraient reçue une prime grâce à toutes les vies qu'ils auraient sauvées et seraient devenus archanges. Ils auraient servis Dieu lui-même et auraient continué à être bons même après leur trépas.
Mais le fait est que je ne suis pas resté là-bas, que ces enfants parfaits ne sont jamais nés et que leur élégante mère n'a tout simplement jamais existé.

Je tourne au coin du supermarché, dévale la pente qui mène au vieil entrepôt à toute vitesse. Je manque me prendre un mur mais ne m'en rends à peine compte. Je continue à courir, si bien que les images autour de moi deviennent un peu plus floues lorsque je prends de la vitesse. Je me rue sur mon dealeur, le secoue violemment. Je suis totalement en manque, et ça se voit. Mes yeux sortent quasiment de leurs orbites, injectés de sang. La soif de coke me prend aux tripes et je dois me contrôler afin de ne pas frapper l'homme en face de moi, qui me regarde souffrir, un demi sourire sur ses lèvres craquelées. Je l'attrape par le col, glisse un billet dans sa chemise. Le gars me tend un paquet rempli de poudre blanche que j'attrape d'une main tremblante. Je repars d'un pas vif, la rage au ventre. Ça fait pas mal de temps que je n'ai pas pris ma dose et, putain j'en peux plus là !

Arrivé devant la rue du boucher je croise mon voisin de fortune, Lucian. Il m'interpelle tout d'abord puis se rétracte. Il a surement dû remarquer mes yeux exorbités et mon poing serré contenant la poudre du Rêve. Mon air franchement menaçant doit aussi y être pour quelque chose, je pense. Non, en fait je pense pas, j'en ai plus vraiment la capacité à l'heure qu'il est. Tout ce qui m'importe c'est ce foutu sachet dans ma main. Je sens déjà une certaine chaleur envahir mon corps, rien qu'à l'idée de me l'injecter.
J'ouvre la porte de l'immeuble délabré à la volée, grimpe les escaliers ravagés par les mites en grandes foulées, brassant l'air de mes bras musclés. En arrivant au palier du 5ème étage je bouscule une bande de jeunes fumant des pétards. Quelques secondes plus tard je suis au 6ème.

Je défonce sauvagement la porte de mon local, me précipite vers la table de nuit. J'en sors une aiguille déjà utilisée mais le temps presse, alors j'infuse la substance avec un peu d'eau puis la verse dans la seringue. Je fais ressortir les veines de mon avant-bras grâce à un garrot fait à l'arrache, puis plante enfin le sujet de mon bonheur dans une des veines. Je m'écroule sur mon lit défait, une expression béate sur le visage, comme à chaque fois que j'ai recourt à la coke. Mon rythme cardiaque commence à augmenter, et cette chaleur si familière envahit peu à peu mon corps tout entier, je plonge dans cet état que j'aime appeler le bonheur. Ma gorge m'aurait fait souffrir si je ressentais encore la douleur, mais il n'en est rien. Tout ce que je suis capable de dire c'est que j'aime ça. Grâce à la cocaïne je me sens tout puissant, invincible ! A part la drogue, qu'est-ce qui vous procure ça ? Les femmes peut-être ? Le travail ? Non, rien. Seuls nous, drogués pouvons nous estimer heureux. Heureux de vivre pour cette ivresse d'un instant, de pouvoir goûter les plaisirs de cette sérénité qui nous envahit à chaque injection. Moi en tout cas j'appelle ça nager en plein bonheur.

La Lune est déjà haute lorsque je sors de l'immeuble. Cette nuit, elle est pleine. Le ciel est noir et exempt d'étoiles, ce qui m'arrange plutôt car les astres lumineux me font un effet assez étrange. Chaque fois que j'en vois, que leur lumière se reflète dans mes yeux verts, j'ai la rage. J'ai juste envie de me propulser là-haut et de les arracher, une par une. Sans pitié.
Je déambule comme ça quelques minutes, le regard dans le vide. Peut-être que je cherche quelque chose, inconsciemment. Je sais pas. Je passe à côté d'une vieille dame. Nos yeux s'accrochent quelques secondes, ce qui suffit à m'énerver. Elle s'en rend compte, baisse son regard et s'absorbe dans une contemplation du trottoir.
Je continue donc mon chemin, légèrement plus sauvage qu'à ma sortie de l'appart'. Les rues sont sombres ici, sans issues pour la plupart. Les seuls établissements toujours ouverts sont le supermarché, l'école primaire et la station essence sur le bord de la route à l'entrée de la vallée. Je n'ai d'ailleurs jamais pigé à quoi elle sert, sachant que notre village ne reçoit jamais de visiteurs. A une époque, il y a très longtemps la vallée Dulac était assez populaire. Il parait que les touristes s'agglutinaient à l'hôtel Mordoc – aujourd'hui réduit à l'état de ruine -. Puis il y a eu l'arrivée des gangs "Rasta". D'après ce que racontent les livres sur le sujet les gangs de ce genre étaient composés uniquement de jeunes délinquants aux allures de Bob Marley. J'ai très vite compris qu'ils n'avaient en réalité aucune appartenance à un quelconque groupe de vrais Rastas. Leurs seules valeurs étant la drogue, la destruction et l'installation de la peur en démontrant leur puissance ils n'étaient qu'une bande d'écervelés. Et pourtant ils avaient réussi à conquérir la vallée. A partir de ce jour toutes les églises, les boucheries et les lycées avaient été brûlés. Et le chaos s'était installé. Depuis ce jour-ci, les Rastas ont une réputation exécrable. Les habitants des autres villes ont eu peur que leurs propriétés soient également soumises au règne de ces terreurs à dreads, alors ils ont chassé toutes les personnes pratiquant le Peace and Love et ayant des dreadlocks. Ceux-ci sont donc partis s'installer dans la forêt vivre selon leurs principes : la paix, l'amour, la foi et la sobriété. Ils se nourrissent à présent de produits végétaux et vivent en harmonie avec la nature.
A une période de ma vie où je n'étais qu'un gamin idiot et rêveur, j'espérais secrètement un jour appartenir à un groupe de réfugiés. A la place de quoi je suis dans ce village minable et poussiéreux. Mais je m'en contente. Je me dis que c'est toujours mieux qu'une vie luxueuse avec mes parents.
Je marche toujours, mais à présent je me souviens de ce que je cherche si désespérément. Une cabine téléphonique. Il me semble me rappeler d'une vieille cabine pas loin de l'ancien lycée, mais je ne suis pas sûr qu'elle soit toujours en état de marche. Je prends tout de même le chemin du lycée, espérant de tout mon cœur trouver ce que je veux. J'arrive enfin devant les ruines de l'établissement. Je le contourne, examinant les coins des yeux. Je fais le tour du lycée deux fois, revenant à mon point de départ bredouille.
- Putain !
Voilà le seul mot qui sort de ma bouche sèche, traduisant pas mal ma frustration. J'ai envie de tout envoyer valser, de taper dans la grille à moitié détruite de ce foutu lycée et de l'achever.

- Tu cherches quelque chose mon garçon ?
Je regarde devant moi, remarque enfin le vieillard assis sur un banc. J'étais tellement préoccupé par ma recherche d'un téléphone quelconque que je ne m'étais même pas aperçu de sa présence.
- Téléphone. Il me faut un téléphone !
Il sourit, d'un de ces sourires que seuls les petits vieux de son genre peuvent avoir. Il se lève maladroitement, manquant tomber. Son dos à l'air de le faire souffrir à voir la façon dont il est courbé en avant, légèrement bossu même. Puis il se met en route, clopinant tranquillement vers une toute petite maison – que je n'avais même pas distinguée – bleue. Je ne bouge pas pendant une minute, peut-être deux, attendant un signe de tête ou je ne sais quoi de la part du vieillard indiquant qu'il fallait que je le suive. Il n'en fait rien. Alors je le suis, indécis. Puis me viennent des idées étranges : et si il faisait partie de la Mafia ? Si c'était un gangster retraité ? C'est vrai quoi, sous ses apparences de gentil pépère, on sait jamais ! Je me mets alors à imaginer toutes sortes de scénarios, tous plus cons et improbables les uns des autres. Je secoue la tête afin de remettre mes idées – ou peut-être même mon cerveau entier – en place. Grosse erreur. S'en suit un mal de crâne terrible, me lancinant les tympans de l'intérieur. J'ai l'impression qu'un chanteur de Death Metal ultra-énervé fait ses gammes la bouche collée à mes oreilles. Et je peux aisément dire que c'est assez horrible. La Coke doit y être pour quelque chose, car ce n'est pas la première fois, et sûrement pas la dernière que cela m'arrive. Je prends ma tête entre mes mains et me mets à hurler comme un forcené. Cette impression que des centaines de lames de rasoir ont envahi mon cerveau, ce n'est pourtant pas la première fois que je la ressens. Mais c'est de pis en pis. La douleur ne me lâche plus, attendant chaque moment de faiblesse de ma part pour me couper une fois encore, cruellement. Je sens mes yeux s'emplirent de larmes. Je les ravale avec difficulté, trop fier pour laisser échapper de ma bouche le moindre sanglot. D'un coup tout s'arrête. La souffrance, les cris, les perles d'eau au coin de mes yeux. Seule la sueur sur mes tempes continue sont flot. Le silence règne, perturbé par l'unique bruit des gouttes tombant au sol, s'écrasant à terre aucun moyen d'y échapper. Et moi, véritable loque humaine, je m'écroule. Simplement. Sans le moindre petit son signalant ma chute. Rien.

Tout ce dont je me rappelle à propos des dernières heures est assez flou. Le vague souvenir d'une petite maison bleue ne cesse de trotter dans ma tête et le pire est que je ne sais même pas pourquoi. A vrai dire je ne sais plus grand-chose. Je suis devant la grille du lycée et je n'ai pas la moindre putain d'idée de comment je suis arrivé ici. Seule reste l'image de ce toit bleuté, de ces petites fenêtres cobalt et de ces murs lézardés. Je chasse ces pensées d'un haussement d'épaules et me lève tant bien que mal. Ma tête me tourne légèrement, vestige d'un mal de crâne passé, indubitablement.
En passant près du Supermarché je croise un gamin de ma résidence. Le petit a une baguette de pain à la main et un sachet de médicaments dans l'autre. Je m'avance vers lui, souriant.
- C'est pour Solène ?
Me reconnaissant, il se jette dans mes bras. Comme à son habitude, il tire un peu mes dreadlocks blondes. C'est sa façon à lui de me saluer. Peter a 10 ans et c'est vraiment un chouette gamin. Il a une allure de premier de la classe et ressemble un peu à Harry Potter avec ses petites lunettes rondes et ses cheveux bruns en bataille. Je le connais depuis que j'ai emménagé dans la vallée, on s'est immédiatement entendus. Tout à l'air tellement simple avec lui, il sourit tout le temps. De plus il a du mérite car sa vie n'est pas facile. Peter est né avec un handicap pesant : il est muet. Il est arrivé avec sa sœur, Solène à peu près à la même époque que moi. Leurs parents venaient de décéder d'un banal accident de voiture. Leurs grands-parents les ont envoyé vivre ici car ils étaient – selon les médecins s'occupant d'eux – incapables de s'occuper de leurs petits-enfants. Je trouve ça dégueulasse ! Surtout qu'ils sont nettement moins difficiles que la plupart des enfants de leur âge. Peter est une crème, obéissant, intelligent et tout. Quant à Solène, elle à deux ans de moins que moi, donc 15 ans. Et c'est vraiment une fille géniale. J'en connais pas beaucoup des comme elle : mignonne, drôle, gentille, souriante. Et puis quoi qu'il lui arrive elle reste positive, elle blague sur la situation. Même lorsque son grand-père est mort, elle n'a pas bronché. Depuis son décès ils n'ont plus aucunes nouvelles de leur grand-mère. Solène mérite vraiment d'avoir une vie à la hauteur de sa bonté, tout comme le petit Peter d'ailleurs.
Cependant il y a quelques temps elle est tombée malade, et d'après M. Jonhston elle a peu de chances de s'en tirer. Quand Peter me l'a annoncé, ça m'a foutu un sacré coup. Solène, c'est ma drogue personnelle, celle que personne d'autre n'a. Comment expliquer… Elle c'est pas comme la Coke, l'Héroïne ou je ne sais quel stupéfiant. Solène elle me met dans un état tout autre. Bordel quand je la vois je pourrais avoir pris trois tonnes d'herbes avant, elle serait quand même plus forte que ça. Quand je la sens près de moi d'un coup je deviens un mec adorable. Si elle revient de courses je lui tient ses sacs et je la raccompagne, si elle n'a pas le temps d'emmener Peter à l'école, je m'y colle… Bref, je deviens un vrai couillon. Mais j'aime cet espèce de "moi" parallèle que je deviens lorsqu'elle est avec moi. J'en suis fou. Bien sûr je ne lui ai jamais dit, et je ne lui avouerai jamais. Je sais bien ce qu'elle me dirait, je le vois dans ses yeux. Quand nos regards se croisent, je vois bien que pour elle ce n'est pas la même chose que de mon côté. Elle a ce petit air méfiant, craintif. Évidemment je ne peux pas lui en vouloir, qui voudrait d'un drogué comme moi ? A la limite c'est peut-être mieux comme ça, il faut peut-être pas qu'elle m'approche de trop. On sait jamais, avec les effets de la Coke.
Je veux pas qu'il lui arrive un truc, je m'en remettrai pas.

Là, ça fait environ dix minutes que je bloque, un stylo à la main. La feuille posée devant moi depuis déjà pas mal de temps est toujours vierge, n'attendant que la pointe de ma plume se posant sur elle. Le hic, c'est que je ne sais pas trop quoi écrire. Et puis faut aussi dire que mes notions orthographiques ne sont pas vraiment géniales, sachant que je ne suis pas allé très loin dans mes études. C'est bien ça le problème : mon éducation. Elle laisse à désirer. De toute façon c'est décidé, je finirai camé jusqu'aux ongles, comme pas mal d'autres pauvres mecs de la vallée. Il y en a bien qui ont essayé de s'échapper, mais à chaque fois les gangs les rattrapent. Et la plupart du temps ils se font zigouiller. Je suis peut-être pas très net, mais pas au point de jouer ma vie aussi inutilement. De toute façon je ne pourrais jamais abandonner Peter et Solène comme ça, ils font un peu partie de ma famille. Et on ne laisse pas tomber sa famille.
- Hum… Chère Solène… Non, c'est trop cul-cul ça.
Je me mets à écrire, hésitant sur chaque mot. Puis ma main part, écrit des flots de lettres. Peut-être bien que l'orthographe et la grammaire ne sont pas parfaits, mais ça vient du cœur. Je regarde ma feuille, stupéfait. De toute ma vie je n'ai jamais écrit autant, c'est un peu ma première fois. Un léger sourire s'étire sur mes lèvres et l'envie soudaine d'apporter ma lettre à Solène en main propre et de suite me prend. Je me lève d'un coup, envoie valser ma chaise, prit d'un sentiment de pression. Je cours jusqu'à son appartement, ne sachant pas pourquoi je me dépêche autant. La porte est ouverte. J'entre doucement, un peu inquiet.
- Solène ? Peter ?
Aucun bruit. Je m'avance, arrive jusqu'à la chambre de Peter. Ce que j'y vois restera sans doute gravé dans ma mémoire, comme un souvenir noir. Peter est allongé sur le sol, de sa tête s'écoule du sang en masse. Je me stoppe aussitôt, pétrifié. Je reste là quelques minutes, puis je me mets à la recherche de Solène, priant pour qu'elle ne soit pas là. Cependant mes prières ne servent à rien. A peine arrivé dans le petit salon, je la vois, inerte. Je m'effondre à côté d'elle, impuissant. Mon corps tremble, mes yeux sont figés sur elle. Même morte, je la trouve magnifique. Mes mains sont souillées par le sang de celle que j'aime, mais je m'en fous. Plus rien ne m'atteint, plus rien ne me touche. Juste l'image de son corps et de celui de Peter. Je ne bouge plus pendant une heure, peut-être deux. Je reste à genoux, baignant dans son sang.

Soudain, une sirène se fait entendre. La police. Je contemple une dernière fois celle que j'ai tant aimé puis me lève avec difficulté. Je descends par l'escalier de secours. Je suis bien conscient d'avoir laissé mes empreintes sur le corps de Solène, d'avoir touché son sang et tout. Mais je m'en fous. Je m'en tape, je m'en balance, je m'en contrefiche. J'ai juste envie de me défoncer, de tout oublier. L'odeur du sang reste accrochée au fond de moi, me soulevant le cœur. Je cours toujours, comme si le fait de m'éloigner effaçait tout, comme si je pouvais tirer un trait sur ce qui venait de se passer rien qu'en partant loin. Je continue jusqu'à ne plus avoir de souffle. Je me laisse tomber sur un trottoir vide, seulement cerné par les cadavres d'anciens bâtiments, à présent détruits. Je regarde le vide quelques instants, puis sort mon "kit à injections". Je prends d'abord une dose pour m'apaiser, ce qui ne marche pas. J'en reprends alors une seconde, puis une troisième, une quatrième… Je ne compte même plus, me laissant aller. Je ne pleure pas. Les larmes, ce n'est pas dans mes cordes. D'un coup je suis pris de convulsions intenses. Je me tords dans tous les sens, sans pouvoir me contrôler. J'ai mal partout, atrocement. Un autre coup, je me sens bien. Les spasmes s'arrêtent, mon cœur aussi, peu après. Je murmure mes derniers mots, un sourire aux lèvres.
- J'm'en branle.

J'entends des voix, lointaines. Je suis étendu je ne sais où, amorphe. Les gens s'agglutinent autour de moi et soudain, je ressens une forte secousse dans mon corps tout entier. Un choc électrique me fait revenir des ténèbres dans lesquelles j'étais plongé, presque à regret. Seulement on ne me demande pas mon avis. Je perçois des mouvements plus calmes à présent, soulagés. Je suis revenu à la vie. La surprise passée, je m'évanouis.

Lorsque je me réveille une nouvelle fois, je réussis à ouvrir les yeux. Je suis allongé sur un lit immaculé, dans une chambre d'hôpital. J'observe le défibrillateur posé sur une table éloignée de moi, les tuyaux enfoncés dans ma chair, pompant mon sang drogué. Tout ça me semble un peu irréel, comme une mauvaise blague. J'étais si bien là où j'étais, seul, sans émotions. Tranquille. Et me voilà immobilisé par des trucs dont je ne connais même pas le nom, comme un vulgaire malade.
Je me mets soudain à pleurer. Un flot d'eau salée s'écoule de mes yeux, inlassablement. Je repense à Peter, à Solène… Les larmes redoublent, rendant mes yeux rouges. La vue de leurs corps baignant dans le sang me dégoûte, me fais mal. J'ai envie de prendre ma tête dans mes mains, d'appeler les infirmiers et de les supplier de m'injecter une dose de morphine, une bonne dose même. Je vois mon rythme cardiaque augmenter considérablement et prie pour qu'un médecin s'en aperçoive. Mais personne ne vient, je dois alors me calmer seul.
Le manque commence à se faire ressentir, et les larmes ne se stoppent pas. J'aurais tellement aimé crever d'une overdose, que personne ne me trouve. J'aurais adoré mourir comme ça. Un sourire étrange s'installe sur mes lèvres, transpercé par les coulées de pleurs qui tombent sur ma chemise. J'ai limite envie de rire. Un rire malsain, masochiste, bizarre et carrément inapproprié… Mais un rire.
Je sèche mes larmes, me cale contre mon oreiller et me prépare à dormir lorsque j'entends des voix dans le couloir, dont certaines me paraissent étrangement familières. Les pas se rapprochent de ma chambre, bruyants. La porte s'ouvre sur le médecin, dont je me souviens à peine, accompagné d'un grand homme grisonnant et d'une femme assez petite, brune. Ses yeux verts transpercent les miens, durs, sans appel. J'arrive à peine à articuler quelques mots, bredouillant :
- Maman ?

Je suis comme un animal en cage, un poisson hors de l'eau. Je suffoque. Je me cogne inlassablement contre des barreaux invisibles, m'égratignant au passage. Pourquoi sont-ils venus ? Ils m'avaient renié, me regardant comme si j'étais un pestiféré, un bandit de la pire espèce. C'est quoi leur problème bordel ?! Je suis pas un truc qu'on achète et puis qu'on met de côté au bout de quelques années, avant de le trouver de nouveau intéressant ! Je suis toujours dans cette foutue chambre d'hôpital et je vois les ombres droites de mes parents à travers les frêles rideaux. Ils parlent au médecin, mais je n'entends rien. C'est terriblement frustrant. Il est quatre heures du matin et je n'arrive pas à m'endormir, préoccupé par tout ce qui vient d'arriver. En à peine 24h j'ai écrit une lettre d'amour, assisté à une scène de crime, revu mes parents, et je suis mort. Pendant deux minutes. Puis je suis revenu à la vie, sans aucune raison. Cela reste et restera un pur mystère. Peut-être y a-t-il une intervention divine là-dedans ? Pfft, j'y crois pas à tout ça.
Des gens bougent derrière la porte et le docteur entre. Seul. Il s'approche du lit, souriant. Il me parle mais je n'écoute que d'une oreille, parce que très franchement ça ne m'intéresse pas. Je veux pas savoir dans quel état je suis, ni combien de temps je vais devoir rester cloîtré ici. Je veux juste que ma mère parte, que mon père dégage. Que quelqu'un soit assez gentil pour foutre un bon coup de pied dans leurs culs coincés et enlever une bonne fois pour toutes le manche à balais qui les empêche de marcher détendus. Et qu'on me laisse crever en paix, ce serait pas mal aussi. L'image de Peter me souriant et riant s'impose à moi. Une boule se forme dans ma gorge, je déglutis avec difficulté. Il me manque. Terriblement.
- Rodolphe ?
Je ne réagis pas, absorbé par mes pensées.
- Rodolphe !
Je regarde ma mère à contrecœur, agacé. Rodolphe, cet horrible prénom dont elle m'avait affublé à ma naissance, pensant que je deviendrais un superbe aristocrate. Mon cul oui. Depuis que j'étais majeur, j'avais immédiatement changé de prénom. Tout le monde me connaissait comme Rodha Klingert. Rodha quoi.
- Eh bien, tu en as mis du temps.
Voilà sa première remarque : tu en as mis du temps. Où est passé le "Oh mon pauvre chéri, que s'est-il passé ?! Je regrette, vraiment, pardonne-moi !" qu'aurait prononcé une mère normale, aimante ? J'ai envie de me lever et de la laisser en plan, voyant venir la suite. Cependant je reste, mon corps encore trop engourdi pour effectuer le moindre mouvement.
- J'ai bien cru avoir une crise cardiaque lorsque l'on m'a appelée pour m'annoncer ton décès. Qui aurait hérité ? Imagines-tu seulement la perte financière que tu nous aurait causé ? Heureusement qu'une infirmière passait par là, sinon tu serais mort comme un vulgaire sans abri. Mon fils, mourant comme un clochard ! Cela aurait détruit ma réputation, en as-tu seulement conscience ?
Je ne répond pas, me contente de lui lancer un regard froid, empli de toute la haine que je peux ressentir pour cette horrible femme. Certains petits cons haïssent leurs mères parce qu'elles ne leur offrent pas tout ce dont ils rêvent. J'aimerais bien qu'on échange tiens !
Elle continue toujours à déballer un flot de conneries, sans s'arrêter. J'ai droit aux potins récents de la bulle aristocrate. De toutes les dernières facéties des gosses de riches de la région. Tout cela me donne envie de vomir, de leur arracher leurs perruques et leurs corsets hypocrites et de leur écraser une vraie mouche sur leur sale tronche. Je me met à ricaner à ces pensées sadiques, ce qui stoppe ma mère net. Elle me considère d'un œil désapprobateur.
- Tu n'as vraiment aucun respect pour ma vie, Rodolphe…
- C'est Rodha ! RODHA !
Elle reste impassible, à peine surprise de mon changement d'identité. Alors elle ajoute, comme un juge prononcerait une sentence :
- De toute façon, ces quelques années que tu as passées loin de ta famille ne comptent plus, mon cher. Dès demain, tu rentres à la maison.

L'immense château qui m'avait servit de maison étant enfant n'a pas changé, du moins de l'extérieur. C'est toujours une façade de pierres blanches immaculées, surmontée d'un toit de tuiles grises. Les fenêtres sont toujours entrouvertes sur des rideaux sobres, aérant ainsi les principales pièces d'habitation. Et le jardin, digne d'une cour royale tant il est travaillé à la perfection, même avec exagération. Les haies sont comme avant taillées au millimètre près, l'herbe coupée à ras, les fleurs symétriquement plantées sur plusieurs mètres. Je déglutis, commençant à haleter. Rien que l'extérieur me rappelle combien leurs manières de richou sont exaspérantes, et à quel point je déteste cette perfection.
Nous descendons de la voiture après avoir salué le chauffeur et ma mère me pousse jusqu'à l'entrée de la demeure. Lorsqu'elle m'invite à entrer, j'hésite quelque peu. J'aurais tout aussi bien pu tenter de m'enfuir à ce moment précis, mais je sais qu'ils me rattraperaient rapidement.
A peine posais-je un pied à l'intérieur qu'une lumière éclatante me frappe, m'aveuglant pendant quelques secondes. Ils avaient allumé le grand lustre dans l'entrée, voulant peut-être me faire bonne impression. Ma mère s'avance, le dos droit comme à son habitude, et me dit :
- Ta chambre est restée comme tu l'as laissée, tu devrais donc t'y retrouver. Nous déjeunerons à onze heures et quart, ne soit pas en retard.
Ca a le mérite d'être clair. Je ne m'attendais de toute façon pas à un accueil chaleureux avec des « Bienvenue à la maison mon fils… » affectueux. Mon père pose une main fébrile sur mon épaule et suit son épouse comme un toutou bien dressé.
Je monte le grand escalier de bois et arrive jusqu'à ce qui avait été ma chambre autrefois. Effectivement, elle n'a pas été dérangée. Je me demande même si les poussières avaient été faites avant mon arrivée tant elle ressemble à la chambre de mes souvenirs. Tout ce que mes parents avaient voulu que je mette dans cette pièce y sont encore, et ça me dégoûte. C'est toujours aussi impersonnel, d'un blanc délavé. Ils n'ont jamais voulu que je la décore à mon goût, celui-ci étant trop particulier à leurs yeux. Je grince des dents, énervé rien qu'à me remémorer cette interdiction puérile. Ma mère n'a jamais compris que je suis différent d'eux, que tout ce luxe ne m'intéresse absolument pas, que je préfère cent fois aller courir en forêt les pieds nus. C'est cela qui m'avait fait quitter la maison familiale jeune, toutes ces règles d'aristo mal baisés.
Je regarde le réveil et remarque qu'il est déjà onze heures. Et je connais ma mère : quand elle dit onze heures et quart, il vaut mieux être là vingt minutes en avance. Lui obéir ainsi n'est pas chose aisée pour moi, mais bon. Certaines règles sont faites pour être brisées, je suis bien d'accord ; mais il y en a d'autres qu'il vaut mieux respecter si on ne veut pas finir en pensionnat à peine rentré.

- Tu récites le bénédicité Rodolphe ? me demande maman.
Je ne sais pas trop quoi répondre à cela. Fait-elle ça pour me mettre mal à l'aise ? Eh bien bravo, c'est tout à fait réussi ! Plus petit, j'avais des cours de catéchisme. Évidemment, je les séchaient. Je ne supporte pas tous ces gens qui se référent à un « Dieu » chaque fois qu'ils doivent prendre une décision, même pas importante la plupart du temps. Et puis le concept de la confession, pour moi c'est bidon. Si je devais aller raconter à un curé ou je ne sais quoi chaque connerie que j'ai faite, je passerais mon temps là-bas.
- Rodolphe ? Le bénédicité, s'il-te-plaît.
- Je ne le connais pas.
Ma mère en reste coite, ne sachant pour une fois pas quoi répondre à cela. Elle doit en ce moment même demander la clémence de Dieu, car elle fait des tas de petits signes religieux bizarres. J'ai soudain envie de rire, mais je me retiens, voulant que ce dîner se passe à peu près correctement.
Seulement je suis apparemment le seul à vouloir la Paix dans cette famille.
- Bénissez nous, Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l'ont préparé… commença papa avec lassitude.
- Arrête donc cela, Norbert ! rugit maman.
Mon père se stoppe illico et fixe le sol comme un petit garçon grondé par ses parents. Il n'a pas bien l'air de comprendre que le petit garçon ici c'est moi, et qu'il fait office de “parent”. Je fronce les sourcils et regarde la porte d'entrée avec envie. Interceptant mon regard, le valet de maison se place devant l'issue en fermant les yeux, faisant comme s'il ne m'avait pas vu. Je suis donc bloqué ici jusqu'à-ce qu'on me libère, à la fin du repas. Repas qui fit plutôt dîner de palace que petite réception en famille.
Tout en sortant, je louche afin de lancer un regard espiègle au valet. Celui-ci garde la tête haute et soutient mon regard avec courage. Je ne peux que m'incliner car une femme de chambre m'amène jusqu'à ma chambre.
- Il faut vous changer Monsieur, dit-elle en me désignant une tenue posée sur le lit.
Je fais la grimace en découvrant une chemise blanche à manches “ pattes d'eph' “, un pantalon droit, sans aucun misérable plis et des chaussures noires cirées. Tout ceci bien évidemment accompagné d'un veston sombre pour aller avec le reste.
Je regarde la pauvre domestique et ravale de suite ma réplique en voyant son air effrayé. D'un coup, je me demande ce qui peut bien lui faire peur à ce point. Est-ce moi, ou bien la sanction que pourrait bien lui infliger mes parents si je n'obéissais pas ? Un élan de gentillesse s'empare de moi, et je lui fais un beau sourire. Un de ces sourires que je réservais habituellement à Solène. Penser à elle me fait un pincement au cœur et je détourne la tête.
Une foule d'images s'impose à moi, que je repousse avec force. Si je me laisse aller maintenant, c'en est fini de moi. Si je baisse les bras si vite, c'est une victoire pour mes parents. Et je refuse de me laisser faire. Pas comme ça, pas sans riposter. Même si j'ai mal, même si cette putain de douleur me tord le ventre, me lacère le cœur.
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YODA



Nombre de messages : 18

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 8 Juin - 17:14

Extraordinaire ! clap
Il faut que j'essaie moi aussi !
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HERMES
Aidactif


Nombre de messages : 2029
Age : 15

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 8 Juin - 20:59


Bravo, ton texte est si beau ! ple ur
Je te dirais juste d'éviter les gros mots !  
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ULYSSE



Nombre de messages : 176
Age : 14

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 9 Juin - 16:53



Je suis d'accord avec Hermes.
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PINK floyd



Nombre de messages : 3118
Age : 15

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Dim 9 Juin - 18:34


Je trouve que tu as vraiment un très grand talent en écriture :!!
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Impassible



Nombre de messages : 100

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Sam 15 Juin - 19:58

C'est clair !

Les autres textes postés aussi sont bien à lire !
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Speedy



Nombre de messages : 400

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Mer 7 Aoû - 9:22

Echo et les autres ! clap

J'ai pris beaucoup de plaisir à vous lire !
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Frère des Loups



Nombre de messages : 670
Age : 17

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Jeu 10 Oct - 19:34

Maintenant j'ai honte de mettre le mien Rolling Eyes 

C'est comme si on mettait sur une même page du Victor Hugo et l'illettré du quartier ! r ir 
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Louna



Nombre de messages : 703
Age : 17

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Jeu 10 Oct - 19:49

Allez, Frère des Loups, poste-le! Je suis dans le même cas que toi, mais si tu le fais je te suis ! wink
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Carambar



Nombre de messages : 823
Age : 17

MessageSujet: Re: Votre roman enfin publié !!!
Jeu 10 Oct - 21:02

On aura l'air ridicule à côté d'eux en effet... r ir 
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Votre roman enfin publié !!!

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