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Vie à bord du Muzelle-Voilier

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Wam
Aidactive


Nombre de messages : 738

MessageSujet: Vie à bord du Muzelle-Voilier
Dim 26 Juil - 1:01

Salut à tous : comme le titre l'indique, ce topic a comme sujet «vivre à bord d'un voilier».
C'est actuellement mon cas.




Présentation de Muzelle : il a été construit en 198o, par «Beaujolais» coque aluminium de dix mètres : c'est un quillard d'un mètre soixante de tirant d'eau, (surface de la quille sous l'eau) fort agréable à barrer, très maniable et particulièrement simple dans l'ensemble des manœuvres.







La surface intérieure est suffisamment grande pour y vivre entre deux et quatre personnes, sans se bousculer : il y a une cabine (chambre) pouvant être double à l'avant, mini salle de bain, un grand carré (salon) avec possibilité d'y dormir également, cuisine, table à carte (bureau), ainsi qu'une grande cabine arrière... L'espace de rangement pour les ravitaillements, habits, livres, bouts, outils etc ; n'est absolument pas limité.


Nous ne disposions en revanche, pas de toilettes ou de douche intérieur : évidemment, cela n'est pas le cas dans tout les bateaux.
Nous avons une mini douchette à l'extérieur, froide, certes, mais cela nous suffit.
Les douches chaudes sont rares et dès que l'opportunité se présente, cela en devient un véritable plaisir... Nous les avons principalement quand nous sommes non loin d'une Marina (ce qui n'est pas fréquent).


Le linge est lavé à la main. Il faut avouer que ce n'est pas gênant, étant donné que nous sortions rarement les shorts et les tee-shirts (seulement quand nous allons à terre), le reste du temps, nous sommes en maillot de bain.


Nous avons notre électricité grâce à deux panneaux solaires : 2x75 – total : 15o watts (ils doivent maintenant fournir 12o watts avec l'usure). Sur ce point, rien à dire! Cela est largement suffisant.


Le réservoir d'eau est de 12o litres : nous l'utilisons pour les douches, le ménage et le linge. Il y a un système de récupération d'eau de pluie, particulièrement efficace. Pour boire, nous avons un bidon de 25 litres contenant de l'eau potable (la lutte) qui nous tiens entre o5 et o7 jours (en l'utilisant également pour les cafés et la cuisine...). Il nous arrive d'avoir o1 ou o2 bidons de 25 litres de plus, lorsqu'il pleut suffisamment pour les remplir...
Dans les cas où nous tomberons réellement en panne (cela peut arriver), nous avons un désallinisateur manuel capable de faire quatre litres et demi par heure... Cela peut toujours servir de survie lorsque nous serons dans des atolls où l'eau douce (rivières, sources) sont inexistantes...




La nourriture : nous disposions d'un petit frigo qu'il nous arrive de brancher si nous avons des fruits ou des légumes frais (difficile à conserver) du poisson etc. Il est en revanche, rarement branché... Nous mangeons du poisson lorsque la pêche est bonne : nous pêchons majoritairement au fusil (pêche sous marine), à la traîne (quarante mètres de fil avec un poulpe au bout) ou à la ligne (cuillère, appâts, bouts de poissons)...
Ayant dans les lagons beaucoup de cas de ciguatera (toxines accumulées par les poissons ceux nourrissant d'algues sur le corail mort) et n'ayant pas d'informations complètes à ce sujet, il est difficile de savoir quels poissons (au delà des vagues informations données) ne sont pas ciguatérés. Nous nous limitons donc à ceux que nous connaissons.
Cela dit, notre alimentation est majoritairement : poisson/riz, boites de conserves, lentilles, pâtes … et dès que nous pouvons, de la viande, des fruits et des légumes.




Deux questions ont étaient posées, non pas ici, mais étant donné qu'elles reviennent souvent, j'y consacre un paragraphe :
- ''mais la mer, c'est toujours pareil, il n'y a rien ni personne, quelles sont tes occupations ? Et le mal de mer, c'est comment?'' -
Pour ainsi dire, c'est justement cela qui me plais : partir dans un sentiment de liberté unique, loin de tout … C'est impressionnant de voire la terre et toutes vies humaines s'écarter, se fondant petit à petit dans un vaste horizon, avant de s'y perdre totalement.
Mes principales occupations, ne serai-ce que quand je ne dévore pas du regard les étoiles, les couchés/levés de soleil ou de la lune, les planctons qui s'illuminent sur notre passage, les bans de poissons volants qui survolent l'eau pour échapper aux prédateurs, les oiseaux qui passent, puis plongent … et l'horizon … sont majoritairement la lecture, barrer (quand les batteries sont faiblardes), la musique, beaucoup … se poser à l'intérieur, amplifier la gratte et jouer des heures sans s'en rendre compte... cuisiner et écrire.
Pour ce qui est du mal de mer, je n'en ai aucune idée encore. A ce que j'ai entendu dire, tu te mets à haïr les beaux horizons et tout l'tsoin-tsoin et si il est fort, tu te croirais trépasser tel un vieux cabot galeux.





Évidemment, j'y vais un peu fort, non pas dans les descriptions, mais il ne faut pas croire que tout est féerique, que cela soit en pleine mer, ou au mouillage : quand l'ancre est jetée, il nous arrive de passer des nuits mouvementées, souvent inconfortables et pénibles. Il nous arrive de nous réfugier dans des baies protégées pour rattraper le manque de sommeil accumulé.
Dans l'esprit occupé, on peut également oublier de fermer un hublot et se retrouver avec une jolie pataugeoire à l'intérieur (pour ce qui est d'être en mer), se retrouver face à des conditions météos défavorables, des mers déchaînées, casser ou perdre quelque chose, tomber à l'eau ne serai-ce qu'avec un brin d’inattention, m'enfin …
Nous nous sommes quand même fixés deux règles de sécurité stricts …
- A la tombée de la nuit, nous mettons obligatoirement le harnais, attaché à un endroit fiable... Que nous soyons assis dans le cockpit pendant les quarts (quand l'autre dort, veiller/surveiller s'il n'y a pas de bateaux qui s'approchent, ou intervenir en cas de problèmes) ou pour prendre un ris (réduire la toile) de plus si nécessaire , on ne le retire pas.
Pour mon père, ou n'importe quel homme qui naviguera avec nous (sauf si il est pénible ou bête à manger du foin, cela m'importe peu : r ire:) aussi pratique soit-il que de pouvoir faire par dessus bord, j'ai exigée de faire comme les femmes : dans un seau … Il suffit d'un coup de vent qui couche le bateau un peu plus que d'habitude, pour que cette histoire tourne mal (surtout en journée lorsque nous ne sommes pas forcément attachés). «Souffrez, souffrez, dit-elle d'une voix démoniaque, frottant ses deux mains l'une contre l'autre»




Ce qui est étrange, en vivant journellement sur un voilier, c'est de percevoir les choses pourtant ''banale'', d'une vision différente et savourer l'instant présent comme s'il ne se représentera pas. Par exemple, l'autre jour, nous étions dans l'herbe, assis sous l'ombre d'un arbre : une fois allongée, je regardais les rayons de soleil ceux faufiler entre les brins d'herbes, les diverses nuances de verts, les fleurs ceux dandinant majestueusement selon la force du vent, en écoutant les froufrous, les chants des oiseaux également, avec en plus de cela, tous les parfums parsemés qui mettaient un peu de piment, relevant agréablement cet instant magique : l'herbe fauchée du jardin d'à côté, la douce odeur des fleurs, qui te donne comme l'impression d'avoir la saveur et la consistance de moult ingrédients en bouche : à la fois goûteux comme le fruit de la passion, croquant comme la grenade et tendre et dotée d'une finesse égale à la vanille … un véritable éden...
Les arbres, les fleurs, l'herbe, les feuilles mortes, le sable, les rochets ne me manquent pourtant pas quand ils disparaissent du paysage, mais en y retournant, le ressenti dont les mots me manquent est superbe.







Il ne faut en revanche pas nier que parfois, ça manque une grande salle de bain pour se coiffer le matin, avec une baignoire cachée derrière un rideau, une grande cuisine abusivement équipée, fermer les volets et verrouiller la porte d'entrée, cependant, tout cela peut-être très vite compensé : c'est beau aussi de dormir les capots ouverts, avec une vue sur les étoiles pour s'endormir, se réveiller le matin, à l'heure où se lève le soleil et voir apparaître la beauté de l'eau cristalline … pouvoir s'ouvrir un jardin secret à chaque endroit visité et garder en mémoire des souvenirs évasifs. Parce qu'au font, nous ne sommes jamais chez nous … nous ne sommes que de passage où qu'on soit : c'est peut-être cela qui fait le charme du vagabond en fin de compte... Tu rencontres des colombes formidables qui finissent tôt ou tard par prendre leur envole, peinant et ignorant si tu recroiseras un jour leur passage, tu ancres en toi des paysages marquants personnellement ou quelque chose qui sort de la normale, c'est innombrable ce qui peut y avoir comme diversité...




La seule chose qui me fait peur, c'est d'entrée petit à petit dans la dépendance de la fuite et de la solitude : bien que la mer ne peut-être continuellement sécurisante, il y a un instinct échappatoire qui se créait. L'ignorance de ce qui se passe à terre est flagrante : nous sommes comme dans un monde isolé, loin des nouvelles sanglantes, morbides et frustrantes, diffusées globalement, défilant sous nos yeux comme un témoin face au meurtre d'un gamin égorgé vif, ou l'ombre d'une âme menottée et torturée et cela, seulement à se donnant la peine d'appuyer sur un bouton ou d’enchaîner quelques clics.


Aussi minuscule soit-il, nous ne sommes plu rien perdu dans de si vaste étendues … nous sommes comme des fantômes, franchissant des horizons infinis … il arrive d'apercevoir des gens, au loin, parfois même à quelques mètres et leurs ombres disparaissent quelques instants plus tard, sans connaître, sans savoir quelle est leur histoire... Où vont-ils ?
Il n'y a plu rien à prouver, il n'y a pas d'inférieur ou de supérieur, il n'y a pas de lutte et de combat, de bouclier et d'armure pour se protéger contre les coups... Il y a juste une imagination débordante et des questions sans réponses : qu'est-ce qu'il y a réellement, là-dessous, à trois mille mètres de profondeurs ? Que répondriez-vous ? Préféreriez-vous penser qu'aucune vie n'y existe ou au contraire, vous laisser porter par le mystère en y créant votre propre monde imaginatif ?







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